09.02.2012

Raconter, expliquer, analyser, dénoncer

Après l'enquête...
Ce blog s'inscrit dans la continuité de l'enquête par questionnaire lancée par le collectif P.E.C.R.E.S. (Pour l'Etude des Conditions de travail dans la Recherche et l'Enseignement Supérieur) au cours de l'hiver 2009-2010, dont les résultats ont été publiés dans le livre présenté ci-contre, Recherche précarisée, recherche atomisée. Cette enquête avait pour but de rendre visibles les conditions de travail et de vie des personnes travaillant dans l'ESR dans un statut d'emploi précaire voire illégal (CDD, vacation, travail gratuit, troc, etc.).

... à vous de prendre la plume.
Pour raconter, faire savoir, révéler ce qui ne se dit jamais ou trop peu. L'expérience de la précarité se vit souvent dans la solitude, alors qu'elle est partagée par beaucoup de monde (environ 50 000 personnes dans l'ESR). Elle ne suscite pas beaucoup d'émoi de la part de ceux et celles qui en sont protégé.e.s alors que l'ensemble des acteur.trice.s de l'ESR devraient se sentir concerné.e.s par sa réalité, puisqu'elle affecte le travail de tou.te.s et crée de grandes inégalités entre les personnes. L'exposé des situations, et leur accumulation, est nécessaire pour qu'un tableau précis de la précarisation de l'ESR éclate au grand jour, donne lieu à une prise de conscience collective de son ampleur, et devienne une question centrale à résoudre.

Ce blog est un espace libre de récits personnels et anonymes.
Racontez vos expériences pour qu'elles ne se perdent pas dans le silence. Soyez le plus factuel possible : personne n'a besoin de savoir qui vous êtes, en revanche précisez les contextes, les dates, les durées, les montants des rémunérations (s'il est question de cela), les personnes impliquées (sans les nommer, mais désignées par leur statut dans l'ESR), et bien sûr tout ce qu'il vous semblera utile de dire, expliquer, dénoncer. Pour situer votre propos, nous vous conseillons de donner votre âge, la discipline ou le service
dans laquelle/lequel vous travaillez, et toutes caractéristiques qui vous sembleront pertinentes pour la contextualisation de vos lignes.

Mode d'emploi.
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Que vous soyez secrétaire, ingénieur.e, chercheur.e en thèse ou docteur.e, technicien.ne, bibliothécaire, ouvrier.e ou chargé.e de cours, que vous travailliez à l'université ou dans un organisme de recherche, que vous soyez en France ou que vous travailliez pour la fonction publique française à l'étranger dans un emploi lié à l'enseignement supérieur et la recherche, cet espace est le vôtre.

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07.02.2012

Dany, le 07.02.12.

Je suis contractuelle administrative dans l'éducation nationale, cette année au 1er mars 2012, cela fera 9 ans. J'ai toujours "débauché-rembauché", jamais de coupures entre deux contrats. J'ai travaillé comme secrétaire de direction, poste gestionnaire, intendance. Actuellement je travaille en Inspection Académique.

On va peut être me dire que j'ai eu de la chance d'avoir toujours du travail, mais il n'en reste pas moins précaire. Je ne sais jamais si l'année suivante, je serais rappelée..

Va -t-on nous titulariser ? Marre de vivre ainsi avec le couperet au-dessus de la tête.

Merci de m'avoir lue.

02.02.2012

ADN, le 02.02.2012

Recherche Précarisée, recherche atomisée par le collectif P.E.C.R.E.S. : Regards de l’ADN

C’est avec attention et intérêt que l’ADN a découvert l’ouvrage publié par le collectif de chercheurs PECRES (Pour l’Etude des Conditions de travail dans la Recherche et l’Enseignement Supérieur) dont l’acronyme évocateur ne lui a pas échappé . Cet ouvrage présente les résultats d’une recherche menée à la demande d’une intersyndicale. Les auteurs adoptent une posture résolument critique, non seulement en raison de la méthode qu’elle utilise et qui vise à mettre à jour les facteurs qui participent à la dégradation des conditions d’emploi et de travail au sein de l’E.S.R, mais également par sa dénonciation des méfaits des politiques qui y sont commis depuis plusieurs années. 

La dénonciation par les auteurs est globale et concerne toutes les formes de la précarisation, qui recouvre de ce point de vue plusieurs réalités différentes. 

Tout d’abord, les auteurs de Recherche précarisée, recherche atomisée relèvent l’augmentation du nombre de précaires dans l’ESR, à la fois en valeur absolue et relativement, au sein de l’ensemble des personnes travaillant dans ce secteur. Selon les auteurs, 25 % de travailleurs employés par les Universités et les établissements de recherche seraient des précaires , proportion qui ne cesserait de croître : au sein du CNRS, le nombre de personnels « non permanents » a augmenté de 13.3 % entre 2006 et 2009. Au sein des universités, en raison de l’absence d’établissement de bilans sociaux uniformes, le décompte des travailleurs précaires se révèle être « une gageure ». En tant que syndicat, nous avons pu le constater : le bilan social de l’université de Nanterre indique une diminution d’enseignants contractuels qui seraient 449, au lieu de 470 les années précédentes. Cependant, ce nombre, qui correspond déjà à 32 % du total des enseignants de cette université, ne semble pas prendre en compte les enseignants vacataires. En effet, il apparaît que ces derniers, qui en 2009 effectuaient déjà soixante-six mille heures d’enseignement, en assurent aujourd’hui plus de quatre-vingt-un mille. Ainsi, on constate qu’il existe des vases communicants. Cela confirme que « la statistique institutionnelle ne recense que les personnels en CDD, ce qui exclut du même coup une grande part des précaires plus précaires encore, qui ne bénéficient pas d’un tel cadre juridique, parce que payés à la tâches ou à l’heure sans couverture sociale, ou dont le travail de recherche est financé par leurs indemnités chômage, ou qui sont rémunérés selon des procédures illégales, voire qui travaillent gratuitement pour les universités et les laboratoires » (p. 22). En réalité, une des raisons qui rend compte de cette difficulté à mesurer la précarité dans le secteur de l’ESR tient à l’absence de critères qui permettent de définir ce qu’est un emploi dans ce secteur et, par suite, de savoir quelles sont les personnes qui occupent un emploi à titre précaire. A cet égard, le mérite de l’ouvrage tient davantage à la manière de définir l’emploi dans l’ESR que de déterminer la partie précarisée. Ainsi, les doctorants, financés ou non, se réjouissent d’y lire qu’ils sont des travailleurs de l’ESR et non, comme certains se plaisent encore à le croire, qu’ils ne sont que des étudiants (cf. tableau p. 15). 

Ensuite, la précarisation de l’ESR signifie une « redéfinition de la norme de l’emploi scientifique », de par son recours plus systématique à de la main d’œuvre précaire : « la précarité apparaît ainsi comme un élément constitutif de l’université française dans le long terme, fonctionnant comme une variable d’ajustement à la fois pour la gestion des carrières et en réponse aux évolutions des missions professionnelles et des effectifs étudiants » (p. 27). Mais les auteurs relèvent que, depuis quelques décennies, il ne s’agit plus seulement d’une question d’ajustement. En effet, la notion de précarisation « ne témoigne pas seulement d’un effet croissant de précaires et d’un renouement avec des formes antédiluviennes de travail, elle dit aussi une systématisation et une normalisation pour le futur » (p. 33). L’augmentation des précaires serait donc révélateur : la mise au jour de la part importante des emplois occupés par des personnels précaires amène à douter du fait que leurs contrats n’aient « ni pour objet ni pour effet de pourvoir durablement un emploi lié à l’activité normale et permanente » de ces établissements. L’idée que l’Etat et ses administrations sont de piètres employeurs, qui n’appliquent pas à eux-mêmes les principes qu’ils imposent aux autres employeurs, n’est pas neuve : le droit du travail applicable aux agents publics contractuels est en effet bien moins protecteur que celui applicable aux salariés de droit privé. Mais, à cela s’ajoute l’appauvrissement structurel du budget alloué à la recherche et à l’enseignement supérieur qui conduit à recourir à une main d’œuvre précaire et aussi moins coûteuse. Et l’afflux de moyens sporadiques finançant une recherche sur projet, c’est-à-dire à court terme, conduit nécessairement à un recrutement de personnels précaires, c’est-à-dire un recrutement (limité) pour un temps et une mission donnés …. « De l’excellence à l’intermittence », il n’y a donc qu’un pas ! La logique d’efficience est à l’œuvre : vouloir faire mieux avec moins – ce que d’autres appelleront plus volontiers « casse du service public ». On peut afficher ouvertement ce but de faire des économies budgétaires ; On crie haut et fort que l’on ne prétend pas affecter la qualité de l’ESR. En revanche, il est devenu vulgaire d’évoquer des conditions d’emploi et de travail. Or précisément, le collectif P.E.C.R.E.S. montre le lien qui existe entre le discours de l’efficience et ses conséquences inéluctables qu’il produit pour les travailleurs de l’ESR. Les témoignages que les auteurs ont recueillis illustrent le propos : ils permettent au lecteur de s’identifier avec tristesse et font naître un certain désespoir face aux perspectives qui se dessinent.

Ainsi, la précarité au sein du secteur de l’ESR, loin d’être circonstancielle, est structurelle. Comme le relève les auteurs, « il n’est évidemment pas question de voir les effectifs des personnels de l’ESR baisser : on a besoin d’eux pour faire tourner la boutique. En revanche, on peut modifier leur « nature », faire en sorte qu’ils soient moins coûteux et plus soumis, tout en prétendant qu’ils seront aussi, du même coup, plus performants » (p. 34). Autrement dit, si officiellement le discours est celui de l’excellence de la recherche, le développent de la recherche sur projet a nécessairement pour conséquence d’augmenter le nombre de contractuels. Au demeurant, on sera d’accord avec les auteurs pour dire que le projet politique mis en œuvre aujourd’hui est en réalité antithétique avec une recherche de l’excellence : le temps de la contractualisation ne peut être celui de la recherche (cf. p. 114). Les finalités assignées à l’ESR sont bien affectées par la précarisation des enseignants-chercheurs, non pas que les précaires fassent un travail de moindre qualité mais parce qu’à la courte durée des contrats s’ajoutent d’une part la nécessité d’obtenir plusieurs de ces contrats pour subvenir à ses besoins, parfois sur des établissement différents et d’autre part l’impossibilité parfois de mener à bien un projet de recherche du fait de la fin de son contrat, etc., tout cela nuisant objectivement à la qualité du travail de recherche et aux publications qui en rendent compte (cf. p. 118 s). 

Enfin, l’ouvrage relève une autre dimension de la précarisation dans l’ESR. Il s’agit de la violence subie par le précaire et de la souffrance qu’elle génère. Les auteurs recensent ainsi les pratiques et les vexations qui renforcent la précarité et le sentiment d’invisibilité : effectuer des heures complémentaires gratuitement, être payé en livres (bien que ceux-ci ne se mangent pas), devoir avancer ses billets de train pour participer à un colloque ou pour effectuer des enquêtes, sans être d’ailleurs sûr d’être remboursé, se rendre utile en encadrant des étudiants, en surveillant des bibliothèques, etc. … le tout pour « une ligne sur le CV ». Ces heures de travail gratuit permettent aux laboratoires de fonctionner et aux enseignements d’être dispensés. Seulement, elles accentuent l’invisibilité du travailleur et celle de sa précarité. Les statutaires ne la voient pas ou refusent de la voir lorsqu’ils sont le supérieur hiérarchique ou bien le directeur de thèse : « manque d’empathie » ou de « vigilance », ignorance des myriades de statuts précaires, « non prise en compte des contraintes matérielles de leurs interlocuteurs », mutation permanente des règles applicables aux précaires, pillage intellectuel, harcèlement, etc. « Toutes sortes d’actes et de discours oublieux de la réalité sont commis qui, s’ils ne sont pas prémédités pour faire mal, font mal effectivement, ne serait-ce que par ce qu’ils réitèrent la coupure entre statutaires et sans statut » (p. 85). L’existence de plus précaire que soi conduit à une intériorisation - et donc à une acceptation de la violence subie - de sa précarité. En effet, la sédimentation de la précarité dans l’ESR a aussi pour conséquence de créer des degrés de précarité : les femmes et les enseignants-chercheurs en sciences sociales sont davantage précarisés. De plus, la myriade des statuts conduit à ce que les précaires soient plus ou moins intégrés dans les équipes d’enseignement et de recherche. L’ATER le sera davantage que le vacataire pour ne prendre qu’un exemple. Par ailleurs, les auteurs soulignent la situation particulière des thésards dont le statut de précaire leur est souvent dénié. Pourtant : « Les doctorant.e.s doivent être pris.e.s en compte comme les autres précaires parce qu’ils et elles constituent une véritable main d’œuvre de l’enseignement supérieur, et que désormais la période incontournable de l’apprentissage n’est souvent plus provisoire, mais la première étape d’une carrière précaire » (cf. p. 77). Espérons qu’ils soient entendus ! Malheureusement, personne ne semble vraiment choqué par l’idée que l’on puisse dire des uns qu’ils sont agents contractuels et des autres qu’ils sont étudiants, alors que tous effectuent le même travail.

« Face à ce désarroi que faire ? ». Trois mesures : l’application d’un droit du travail plus protecteur, l’affirmation d’un principe d’égalité de traitement, la mise en place d’un plan de titularisation. Les personnes qui ont participé à l’enquête faite par les membres du collectif PECRES estiment que « le succès de leur mobilisation en voie d’expansion dépend pour partie de la solidarité que les titulaires lui accorderont ». Eux-mêmes considèrent que « face à cette sollicitation, les statutaires peuvent être tenté.e.s de s’accommoder d’une réalité qu’ils estiment peu perturbante pour eux […] ou soutenir la lutte des précaires ». Le faire « c’est donc soutenir le principe d’égalité de traitement des personnels de l’ESR, et c’est contrer une dévalorisation globale du travail scientifique qui conduirait à une détérioration des conditions de travail de tout.e.s et à un recul de l’autonomie scientifique » (p. 138). Devant cet appel salutaire, nous demeurons pourtant sceptiques. Les actes de solidarité, bien qu’il en eût existé, demeurent peu nombreux. Et si le soutien des statutaires peut être souhaitable, il ne peut en aucun cas se substituer à une organisation collective des précaires eux-mêmes. Car, et cela est sans doute un des seuls aspects qui n’est pas développé dans l’ouvrage, l’invisibilité des précaires se traduit aussi par l’absence de représentation au sein des conseils décisionnels des universités et au sein des organisations syndicales. Nous espérons que cela puisse changer : le fait que ce livre ait pu voir le jour grâce au soutien des grandes organisations syndicales est encourageant. Cependant, les organisations syndicales de l’ESR sont généralement des organisations créées et dirigées par des fonctionnaires. De ce fait, elles ont pour principale revendication la titularisation des précaires, ce que nul ne saurait refuser. Mais il est rare que les syndicats se battent, sur les lieux de travail, pour une amélioration des conditions de travail, contre le travail gratuit et les abus de pouvoir. Là encore, il ne s’agit pas de dénoncer une malignité ; il s’agit plus certainement de constater une ignorance conduisant à une indifférence – et inversement. S’agissant du cas particulier des doctorants, il n’est pas rare en revanche d’entendre, non sans un certain paternalisme, que les doctorants sont des étudiants, oubliant un peu vite qu’ils sont des enseignants-chercheurs ! Le syndicat ADN s’est créé contre cette indifférence. Au départ en effet, ce n’était rien qu’une vexation de plus contre les précaires mais l’absence de représentation de leurs intérêts fut criante : il a été décidé, et sans qu’aucun représentant des personnels au CA s’en offusque, que les seuls agents de l’université à ne pas bénéficier de l’avantage pécuniaire consistant à être exonéré des frais d’inscription étaient ceux inscrits en doctorat. Maintenant que nous, le syndicat ADN, existons, la présidente refuse de considérer que nous sommes un syndicat professionnel car, selon elle, nous ne sommes que des étudiants et va jusqu’à refuser désormais de nous répondre ! Autrement dit, la lutte pour la reconnaissance, si elle doit avoir lieu au niveau individuel, doit aussi se mener au niveau collectif ! Or, dans cette période d’élections professionnelles, force est de constater, que la communauté universitaire est loin d’être acquise à l’idée que les enseignants chercheurs précaires peuvent légitimement siéger au sein des conseils centraux institués au sein des universités, c’est-à-dire qu’ils peuvent participer, à l’égal des titulaires, à l’organisation et au fonctionnement de l’ESR. 

Du silence à la parole (1) : l’histoire du droit du travail reste encore à écrire à l’Université.

1 Jacques Le Goff, Du silence à la parole. Une histoire du droit du travail, PUR, 2004.

13.01.2012

Nemesis, le 13.01.12.

Soignés,les précaires !

Si vous candidatez à un poste, n'espérez jamais récupérer vos dossiers et leur contenu. Bien que disposant de fort peu de revenus car en galère et étant dans l'obligation d'essayer de valoriser vos diplômes, vous payez pour réaliser ces dossiers et pour les poster...En espérant qu'ils vous seront retournés, vous rêvez !

Si les textes officiels sont en effet clairs pour imposer la réexpéditions des dossiers de candidature, les universités sont dans l'incapacité financière (et pratique) de pouvoir le faire ! Il n'y a pas de ligne budgétaire prévue pour cela dans un budget actuellement étranglé et les secrétariats surchargés de travail sont peu motivés pour se trimbaler des dizaines de kgs de dossiers (dont il faut refaire chaque paquet car ce dernier a été détruit ou endommagé à l'ouverture !) jusqu'au bureau du courrier de l'université (en général fort éloigné) où les frais de leur réexpédition sera imputée au maigre budget du département qui les a reçus. Le directeur de département ou d'UFR ferme donc les yeux sur cela, et donne ainsi un aval tacite à ce que les secrétariats ne fassent rien dans le sens de l'observation de la directive de renvoi.

Résultat : les dossiers croupissent dans la salle de réunion des délibérations (généralement la salle de réunion des enseignants); offerts à tous ceux qui y passent, ils sont également pillés par les enseignants (les ouvrages joints surtout !)...et ils finissent à la poubelle lorsqu'ils sont chassés par une nouvelle vague de dossiers (recrutements de M de C ou de Prof) car ils encombrent vite le peu d'espace de ces salles. Aucune université n'a la place de les stocker ad vitam aeternam, sachant qu'ils ne seront jamais renvoyés.

Cette situation est lamentable,révoltante, mais c'est ainsi.Et ce n'est pas l'autonomie des universités qui va arranger les choses !

Si l'on veut récupérer les éléments de son dossier il faut aller les chercher soi-même, c'est l'unique solution, avant qu'ils soient recyclés !

Le mieux est de savoir cela, de n'envoyer que des copies ou des doubles et de faire une croix sur les pièces envoyées dans ces cas là ! Pour les ouvrages, cela pose un sérieux problème aux candidats qui doivent disposer d'un stock de livres prévus à cet effet (et perdus d'avance !). Bonjour les frais quand il faut acheter les dits ouvrages à envoyer...et encore on est heureux quand l'éditeur ne s'est pas empressé de mettre le stock restant au pilon, même pour un ouvrage récent !

C'est ainsi que l'on aide les jeunes diplômés, précaires, à améliorer leur sort !

Elle n'est pas belle leur vie ?

09.01.2012

Amélie, le 09.01.12.

la trentaine, SHS, Post-doc (chômeuse vacataire salariée)
C'est long à raconter et lire tous ces récits et manigances...non?
(peu laconique, j'hésite à publier ici ou sur http://www.viedemerde.fr/
bravo pour ce blog!)

07.01.2012

S., le 07.01.12.

Donner vos commentaires sur l'attitude des syndicats en bandeau à gauche.
Après le lancer de chaussures contre le ministère de l'ESR
après la pétition (bis)
après la protestation (écrite)
après la lettre ouverte
après la manif d'un jour
après l'enquête
voici les témoignages,
merci de bien vouloir continuer à alimenter le moulin a vent....

merci je me sent tellement mieux et plus conscient de ma situation d'exploité (et vous ?)

27.12.2011

Aldo, le 27.12.11.

Chacun vient donc, ici, raconter ses galères. Toujours similaires, toujours plus décadentes.

Je pourrais, moi aussi, vous raconter mon parcours : il ne vous apprendra rien, sinon que j'ai été manoeuvre sans diplômes avant de (re)prendre les livres en autodidacte et d'aboutir en doctorat, en croyant enfin pourvoir changer un peu de vie... C'est encore pire ! Je gagnais davantage de tunes dans l'industrie et le bâtiment, où l'on m'en demandait finalement beaucoup moins en temps et en rendement.

Un docteur en science ou sciences humaines, aujourd'hui, n'a plus accès qu'à des statuts et postes bâtards (Ater, MCF, post-doc, vacataire, CDD...) payés en moyenne 1700 euros nets durant au moins ses 15 premières années, lorsqu'il a encore la chance d'en décrocher un, toujours à 500 bornes de chez soi, toujours à 75 heures par semaine, toujours dans des villes chères, toujours avec une pression croissante sur les rendements, toujours à durée limitée oonditionnelle, et cela en sachant que par définition, les annuités de retraite déjà remises en cause pour ceux qui commencent à bosser à 16 ans ne pourront jamais être atteintes par ceux qui étudient jusqu'à 26 ans et ne peuvent travailler à plein temps dès le lendemain du diplôme...

Le fait est que la condition des (hauts) diplômés se dégrade d'année en année depuis près de vingt ans, sans la moindre perspective d'amélioration pour les décennies à venir, en tout cas dans notre brillante Europe. Mais le plus choquant... c'est peut-être d'observer cette absence totale de solidarité qui devrait pourtant unir dans la révolte tous ceux qui subissent cette décadence.

Alors que dans le monde ouvrier, la constante a toujours été, pour une génération, de faire en sorte par toutes les luttes possibles que la génération suivante travaille dans de meilleures conditions que soi, l'université pratique l'inverse ! Tout y est mis en oeuvre par nos aînés pour dégrader les carrières, les diplômes et les diplômés, les salaires, les accès, pour multiplier les barrières et les contrats de merde. Le nouveau diplômé doit passer par la case "pantin corvéable et jetable", escroqué, cireur de pompes de la noblesse en place. Toute demande d'entrée dans quelque institution est vécue comme une insolente concurrence et exige ses voeux d'allégeance et de servitude.
Contre cela, les universitaires, qu'ils soient en place ou fraîchement diplômés, ne se mobilisent jamais. Pas la moindre réaction d'indignation lorsque "qui l'on sait" déclare, à peine élu avec le soutien de certains "grands" intellectuels, que la Princesse de Clèves ne sert à rien et qu'il convient de ne subventionner que les études de ventes, c'est-à-dire d'escroqueries et d'abus de faiblesses. Comme si les bac + 5 et docteurs en sciences diverses n'étaient pas aussi capables de gérer des entreprises et des administrations, comme si le fait devait être entériné qu'un docteur ès Lettres n'est rien d'autre qu'un poète !

Faut-il réécrire Indignez-vous en rajoutant "ensembles", au lieu de larmoyer chacun dans sa misère et de s'arracher des boulots dégradés sous prétexte que c'est ça ou rien ?

Selon les barèmes fiscaux, une infirmière libérale gagne en moyenne en France environ 6000 euros/mois. Que l'on sache, une infirmière n'est ni docteur, ni même seulement encore reconnue bac + 3, et le fût-elle, s'agit-il sérieusement d'un niveau bac +3 ?! Quant aux doctorats de médecine, qui va oser dire ici qu'ils ont davantage de valeur intellectuelle que les autres ? La plupart de ces thèses de médecine sont des cadeaux, de niveau maîtrise... Il serait peut-être temps de rétablir un minimum de cohérence, de reconnaissance, de décence et d'équité envers l'ensemble des diplômés, et de reconnaître leur potentiel, leur utilité et leurs droits. Dans l'histoire, les systèmes qui ont à ce point dégradé, ridiculisé les hauts diplômés ont toujours été des systèmes totalitaires, imbéciles et criminels.

Ce n'est pas en courant après tous ces contrats de merde et ces postes sous-payés à vie, tout en fermant sa gueule, que la condition des universitaires changera. Après tout, un haut diplômé peut refuser de jouer ce jeu de cons et aller passer un diplôme d'infirmière avec son doctorat en poche, ou se barrer à l'étranger, ou s'associer avec les copains pour monter son affaire de rénovation en bâtiment, voire ouvrir une chaîne de Mc Dupond avec hamburger au pâté. On continuera à parler de la fuite ou du renoncement des cerveaux, jusqu'à ce que notre belle France n'en ait plus, si tant est qu'il lui en reste encore dans ses hautes sphères dirigeantes...

Pour le reste, on attend des propositions de ralliements. Sous formes d'associations, de pétitions, de manifestations, de rencontres-débats, de créations de journaux, de projets de créations professionnelles entre diplômés exclus ou dénigrés, de réseaux pour départs des diplômés vers l'étranger et pas forcément l'Occident, de Pôle Création d'Entreprises par associations de compétences, etc.

21.12.2011

34 ans, sciences humaines et sociales, le 21.12.11.

Après un DEA (Diplôme d’Etudes Approfondies) dans une discipline des sciences humaines et sociales, j’ai entamé un doctorat dans cette discipline, qu’initialement je ne comptais pas terminer. Ayant choisi un sujet lié à un pays étranger, mon but était de pouvoir y repartir et, peut-être, d’y trouver un emploi dans une institution ou une entreprise française présente dans ce pays. Bien évidemment, je n’avais ni allocation de thèse, ni aucun autre financement ; j’avais économisé une partie de ma bourse de DEA, je travaillais l’été comme animateur dans des camps d’été, et j’étais par ailleurs particulièrement frugal, mon mode de vie étant des plus ascétiques. Quatre ans plus tard, je soutenais ma thèse (car j’aime quand même bien finir ce que je commence), vivant grâce à la pension alimentaire de 300€ que mes parents me versaient depuis près d’un an et demi (on a beau être frugal, quand aucun revenu ne rentre, on est vite dépourvu de tout ; et je voulais coûte que coûte terminer ma thèse, pour ensuite chercher du travail).

Une fois la thèse soutenue, je me suis mis à chercher du travail… pendant 22 mois, donc presque deux ans ! Je ne cherchais pas forcément dans le champ de l’enseignement supérieur et de la recherche, mais j’ai vite découvert que c’était là que mes chances de trouver du travail étaient les moins faibles. J’ai finalement réussi à être recruté comme ATER… dans une discipline qui m’était alors totalement inconnue. A l’issue de mes deux années comme ATER, au cours desquelles je me suis formé à la discipline dans le cadre de laquelle j’enseignais, j’ai été recruté comme enseignant contractuel sur un contrat d’un an, puis encore une fois sur un contrat d’un an, et enfin sur un ultime contrat de 6 mois. J’ai eu de la chance, me direz-vous. J’en conviens. Mais sachez que la chance, il faut parfois la provoquer : j’ai été à la fois humble et sérieux, je me suis très fortement impliqué dans mes activités d’enseignement (au détriment de mes activités de recherche, ce qui n’est pas sans poser de problème comme on le verra par la suite), j’ai accepté tous les cours qui m’étaient proposés (au point que je me dis, avec une certaine fierté, que je suis vraiment bon à tout et cependant, avec une certaine amertume, que je ne suis aussi bon à rien…), j’ai accepté d’accomplir en parallèle certaines tâches auprès des étudiants qu’aucun maître de conférence ou professeur ne souhaitait accomplir (le tutorat des étudiants), etc. Bref, si j’ai eu de la chance, j’ai dû trimer et mettre mon Ego de côté ! Et tout cela pour au final être d’en l’impossibilité de pouvoir prétendre à un poste de maître de conférence car je ne suis pas « publiant » (ce qui ne signifie pas, bien sûr, que je ne fais pas de la recherche !). Je ne parle même pas de mon salaire qui est passé de 1640 euros comme ATER à 1480 euros comme enseignant contractuel car il sera bientôt objet d’une douce nostalgie. 

Les années passant, j’ai vu des nouveaux maîtres de conférences, plus ou moins jeunes, être recrutés et assez souvent, s’ils sont certes « performants » en termes de recherche, l’enseignement n’est pas leur fort, loin s’en faut ! Et puis, ce n’est pas non plus ce qui les intéresse…

Le problème de l’université française, c’est que pour le recrutement et la carrière des enseignants-chercheurs, c’est essentiellement la recherche appréhendée à travers le nombre de publications dans des revues scientifiques à comité de lecture qui compte ! Le résultat, c’est qu’on se retrouve aujourd’hui face à une pléthore de « généraux soviétiques » qui alignent leurs publications comme autant de médailles mais pour, au fond, bien peu de connaissances réellement produites ! (Il n’y a qu’à lire les x publications de nombreux chercheurs sur tel ou tel thème en sciences humaines et sociales pour s’en rendre compte). Quant au travail d’enseignement, ce n’est pas par leurs qualités de pédagogues que les enseignants-chercheurs brillent…

Aujourd’hui, je me dis : que faire ? Rentrer dans le « moule », c’est-à-dire me désintéresser du travail d’enseignement que je fournis et donc des étudiants, et privilégier la publication d’articles dans des revues scientifiques à comité de lectures (cette littérature grise au lectorat des plus réduit) ? Tout cela en vue d’un recrutement hypothétique. Ou alors continuer à m’investir dans ce que je fais, à essayer de faire de bons cours, à créer des supports pédagogiques, à corriger les travaux des étudiants en les lisant vraiment, bref à m’impliquer dans mon travail d’enseignant et auprès des étudiants – y compris lorsque je serai chargé de cours tout en étant demandeur d’emploi –, et poursuivre mes recherches, lentement mais sûrement, en publiant dans des revues de vulgarisation scientifiques, dans des revues internationales d’analyse et d’actualité, sur des supports permettant une plus large diffusion et discussion des connaissances scientifiques, qui ne se limite pas aux seuls spécialistes du domaine ? C’est « se tirer une balle dans le pied », me direz-vous. Mais après tout, où l’on a foi dans ce que l’on fait et l’on cherche à changer les choses – ou tout du moins, à y participer – ou l’on se résigne… Je crois que je vais choisir de ne pas me résigner !


[ajouté un peu plus tard] J'ajoute (j'avais omis de l'indiquer) que, durant ma période de 22 mois de chômage, je m'étais émancipé de l'aide financière de mes parents en bénéficiant du RMI (mes revenus avaient en outre ainsi augmenté !), cependant je continuait à habiter chez eux.

02.12.2011

75011, le 02.12.11.

Titulaire d'une thèse en biochimie obtenue fin 2000, j'ai été scientifique du contingent (9 mois) puis sous contrat avec le CNRS Ile-de -France (17 mois) puis CNRS délégation Bretagne et Université de Rennes (6 ans et 14 mois) 5 ans au même poste et 14 mois dans un poste différent.

J'ai contacté un avocat de droit public en 2010 qui m'a expliqué que le fait d'alterner des contrats CNRS et Université ne permettait pas de saisir le Tribunal Administratif, puisque ceux-ci au sein de chaque organisme ne totalisaient pas 6 ans (au total 3 ans et 3 mois au sein de l'université, et 3 ans et demi au sein du CNRS toutes délégations confondues). Les derniers contrats datant de 2009 ont été refusés par le CNRS pour cause de trop d'ancienneté et ont dû être transférés à l'université.

Depuis le1er janvier 2010 je suis sans emploi, cela fait 2 ans et j'arrive en fin de droit.


Je suis très actif dans ma recherche d'emploi et lors de mon dernier entretien pour un contrat de 3 ans, au sein d'un institut Inserm. Le premier critère d'embauche est justement mon expérience non pas pour sa qualité mais pour le fait que mes précédents contrats totalisent trop d'années au sein du CNRS et mon dossier ne passera pas les ressources humaines.


Actuellement aucun institut de recherche ne peut ou ne veut pas me recruter au prétexte de me devoir un CDI et cela fait 2 ans que cela dure.

01.12.2011

Transparence, le 01.12.11.

Bonjour,

Dans les services support à la recherche, la situation n'est guère plus attrayante :

embauche dans le cadre d'une UMR (Unité Mixte de Recherche) pour un an de CDD payé sur un budget université. Mon contrat est renouvelé pour un an par un autre laboratoire, je suis toujours sur le même poste et j'effectue le même travail dans le même bureau. 

Comme prévu, j'ai de nouveau un autre renouvellement d'un an, puis trois mois... puis un an.

Aujourd'hui, j'occupe le poste depuis 4 ans et 3 mois, avant moi quelques personnes pendant environ 3 ans. Ce surcroît de travail existe donc depuis plus de sept années.

Et je viens d'apprendre qu'à cause du protocole signé par les organisations syndicales, mon laboratoire stoppe tous les renouvellements de contrat de plus de trois ans ! 

Eh oui, j'ai déjà dépassé les quatre années requises mais pas sur le même budget ni chez le même employeur pourtant j'occupe toujours le même poste avec les mêmes collègues.

J'essaie de garder le moral, mais cet exercice devient de plus en plus difficile alors que mon conjoint vient d'apprendre son licenciement !


Commentaire/Question d'Isabelle :

Juste une question, pour éclaircissement : j'ai bien compris la fin des renouvellements de contrat pour contrer les effets de la loi sur la titularisation/CDIsation, mais en ce qui vous concerne, votre contrat vient-il de prendre fin ? êtes-vous toujours sous contrat ? si oui, jusqu'à quand ? Cette question parce que si vous êtes toujours en CDD au moment de la promulgation de la loi (prévue fin février 2012), ou même si vous êtes en contrat jusqu'à la fin 2011 (donc à la fin du mois), vous êtes probablement éligible à la CDIsation (vous avez travaillé 4 ans sur 6 à un même poste de travail) : la loi s'appliquera pour les personnes occupant le même poste de travail si elles sont encore sous contrat au moment de la promulgation (et ce, même si les sources de financement et les employeurs ont varié d'un contrat à l'autre, du moment qu'il s'agit de l'Etat). Les syndicats encouragent celles qui ne le seront plus mais le sont encore en cette fin d'année à se faire connaître parce que la pratique du "dégraissage" du fait de la promulgation de cette loi à venir est scandaleuse ; les dossiers des personnes dont les contrats prennent fin maintenant et ne seront pas renouvelés au prétexte de cette loi doivent parvenir aux syndicats pour être défendus au moment de la promulgation. Cf. à droite de l'écran, la catégorie consacrée à ladite loi et les informations pratiques la concernant.

M., le 01.12.11.

34 ans, sciences sociales.

D'abord, j'ai une chance énorme, je ne suis plus précaire. J'ai décroché depuis un an un poste de MCF dans une « région ultrapériphérique » (= outre mer dans le jargon de l'Union Européenne). 

Avant ça, thèse soutenue en 2006, vacations nombreuses en université et diverses écoles d'infirmières, d'assistants, sociaux. Je passe sur ce chapitre, déjà très bien documenté puis départ et trois ans de travail dans un « pays du Sud », à l'université et comme consultante mais en free-lance (pas dans un post-doc établi).

Puis retour en France. Tentative d'insertion dans les milieux de la recherche français par divers moyens. 

C'est là que se situe l'histoire que je voulais raconter ici : 

je trouve un CDD d'ingénieur d'études pour réaliser le volet régional d'un projet de rechercher chapeauté par une UMR reliée à une grande école. Pour faire ce CDD de recherche, je renonce à aller passer un entretien pour un CDI dans le domaine de la médiation culturelle, tentant le tout pour le tout pour essayer de continuer dans la recherche. 

La grande école siège de l'UMR – qui avait reçu les fonds pour mener ce projet de recherche - devait faire une convention avec l'université de ma région pour m'embaucher sous la responsabilité d'un MCF partie prenante du projet. Avant de commencer à travailler, lors d'une réunion, on m'annonce un contrat d'au moins 4 mois, avec un statut d'ingénieur de recherche (mieux payé, de l'ordre de 2000 euros mensuels au lieu de 1500). On me demande de commencer à travailler en attendant que la convention soit signée, ce qui ne saurait tarder. Je mets donc mon bébé à la crèche (chance j'ai une place) et commence à bosser à plein temps, avançant notamment les frais de déplacement pour aller faire les entretiens. Le temps passe, je m'inquiète, on me rassure gentiment. Trois mois plus tard, on m'annonce que le salaire redescend au niveau ingénieur d'étude. Je n'ai alors toujours pas été payée, mais je travaille. Encore quelques semaines plus tard, on m'annonce que finalement, suite à divers problèmes administratifs, la convention ne pourra être signée que 6 mois plus tard. Je précise que mes interlocuteurs étaient des enseignants-chercheurs très gentils et très très embêtés par la situation. Je ne peux pas faire de procès sous peine 1) de me « griller » 2) de causer des ennuis à ces enseignants chercheurs que j'aime bien. Je ne peux pas attendre 6 mois car 1) cela risque de me poser des problèmes de cumul d'emploi si je trouve autre chose 2) j'ai besoin d'argent, ça devient urgent. Finalement, la seule solution est que je me déclare auto-entrepreneur et que je fasse la recherche sous forme de prestation pour la grande école. Comme je tente de négocier le prix de ma prestation qui ne m'ouvrira pas de droits au chômage, on me demande si je ne prend pas la grande école pour une « vache à lait ». Ça laisse quand même un peu amer.

Je pensais ne jamais décrocher un poste. Pas assez de publications, ou plus exactement, pas mal d'articles mais pas dans des revues classées A. Je sais pas comment il faut faire et je ne suis pas dans les bons réseaux. Suis-je une chercheuse nulle ? J'ai soutenu ma thèse avec les honneurs et je crois que le contenu de mes articles n'est pas nul. Mais ils ne sont pas aux bons endroits.

Finalement, j'ai eu une série de coups de bol incroyables qui a débouché sur le poste de MCF dans ladite « région ultrapériphérique ». C'est très loin, donc peu de concurrence et, premier coup de bol, mon profil d'enseignement et de recherche correspondait exactement à ce qui était demandé. Deuxième coup de bol, pas de candidat local vraiment solide et des membres extérieurs du comité de sélection décidés à ne pas laisser faire n'importe quoi. Troisième coup de bol : j'ai la chance incroyable d'avoir un conjoint qui m'a suivie avec les enfants. Normalement, pour faire ce métier, il vaut mieux ne pas avoir d'attaches familiales. Je me fais un peu de souci pour mes parents vieillissants, mais comment rentrer ? 

D'autre part, je suis d'accord avec BB sur le fait que plus vous en avez, plus on vous en donne, alors que ça devrait être le contraire. Le fait d'être maintenant fonctionnaire me donne droit à tout un tas de privilèges que je n'aurais même pas pu imaginer du temps des vacations et des CDD. Et en plus, le statut fait que tout d'un coup, on m'écoute, on me témoigne d'une certaine déférence. Qu'est-ce qui a changé en moi entre la veille de l'audition et le lendemain ? Question bourdieusienne, qu'est-ce qui sépare le dernier admis à un concours du premier admissible ? 

Et comment voulez-vous que le fossé ne se creuse pas entre ceux qui sont dedans et ceux qui sont dehors ?


Commentaire de Precario, le 12.12.11.

"On me demande de commencer à travailler en attendant que la convention soit signée"

Il faut refuser de travailler gratuitement! Quitte à y risquer sa carrière. Car il s'agit bel et bien de travail gratuit: si la-dite convention avait finalement été signée, elle n'aurait pas été antidatée et les mois travaillés n'auraient de toute façon jamais été payés (on ne fait pas commencer un contrat de travail à une date antérieure de l'ouverture du crédit sur lequel il émarge!). Dans ce cas, il ne s'agit plus d'exploitation mais d'esclavage. Et c'est aussi une question de dignité, de rapport à soi: suis-je si méprisable que l'on peut me faire travailler en échange de... rien?

"mes interlocuteurs étaient des enseignants-chercheurs très gentils et très très embêtés par la situation."

Bien sur que les "n+1" sont toujours désolés dans ce genre de situation, parce qu'ils n'ont pas pour vocation d'exploiter les jeunes, qu'ils sont des gens "bien", de "gauche" etc...
Mais ils s'autoproclament impuissants face leurs propres supérieurs ou tutelles, qui elles-mêmes se déclarent impuissants face à leurs tutelles etc... dans un jeu de de-responsabilisation en pyramide dont on ne sait que trop les conséquences dans d'autres contextes historiques. Derrière la mauvaise conscience et la compassion, un système de lâcheté en cascade qui produit le pire. 

"Je ne peux pas faire de procès sous peine 1) de me « griller »" 

Mais la victime qui a "peur de se griller" n'a-t-elle pas aussi sa part de responsabilité dans cette machine infernale et dans son auto-reproduction? Bien sur, sa responsabilité est la plus faible car c'est elle la plus fragile et c'est elle aussi qui, par ailleurs, paie les conséquences les plus lourdes. Mais sa responsabilité n'est pas nulle pour autant.

Si dans nos milieux, nous ne sommes pas capables de mobiliser des solidarités de corps et des mécanismes collectifs de veille afin d'enrayer ce genre de mécanisme, alors il ne nous reste qu'à nous reconvertir, nous faire trader ou tenter des carrières politiques dans la droite populaire.

30.11.2011

D., le 30.11.11.

De l'autre coté du miroir...

Je suis Ingénieur d'études titulaire, et je pilote le dispositif VAE ( Validation des Acquis de l'Expérience pour les actifs ayant au moins 3 ans d'expérience dans le secteur du diplôme visé ) dans une grande université parisienne. 

Après avoir été sous contrat pendant plusieurs années, j'ai passé le concours que j'ai obtenu...mais à quel prix et pour quel avenir ?

Le dispositif est complexe mais c'est ce qui en fait sa richesse. Depuis 5 ans, j'oeuvre à résoudre tous les dysfonctionnements avec une hiérarchie qui préfère m'humilier plutot que de m'aider à fluidifier les circuits :

Les enseignants ne reçoivent plus leurs heures complémentaires depuis 2 ans
Les administratifs viennent de voir leur prime supprimée et n'ont pas été prévenus
Les statistiques fournies au Ministère sont fausses
Les précandidatures sont en attente d'expertise ( entre 6 et 15 mois au lieu de 3mois)
Les contrats signés par les entreprises ne sont pas respectés par l'université
Les candidats ne sont pas inscrits
Les travaux ne sont pas relus par les enseignants 
Les dates de jury ont peine à être fixées
Les candidats ne sont pas sollicités quant à leur disponibilité 
La cellule VAE a déménagé 3 fois en 4 ans dans des conditions qui n'existent que dans des pays totalitaires : casque anti-bruit et masque anti-poussière fournis lors de travaux ayant lieu à quelques mètres des bureaux

Dénégation, remontrances, humiliations telle est ma vie lorsque je sollicite ma hiérarchie " vous êtes frustrée/ vous faites du cinéma/ vous êtes le défenseur de la veuve et de l'orphelin/ Je vais vous apprendre la définition du mot urgence..."

Aujourd'hui, le service RH me conseille de ne pas porter plainte car cela mettrait ma carrière en danger...

J'ai demandé une mutation interne...me sont proposés des postes bien en deça de mes compétences...sorte de mise au placard...

Je cherche donc un poste en mutation ou en détachement ailleurs...parce qu'évidemment c'est à moi de partir...

Et je n'évoquerai même pas les vacataires de mon service qui ne sont payés que des mois après et sont mal vus lorsqu'ils écrivent en haut lieu...

Et je n'évoquerai même pas les contractuelles qui tentent de travailler correctement et à qui on fait du chantage au CDD ( ce qui a été mon cas )

Et je n'évoquerai même pas le manque de locaux qui a induit que j'accompagnais chaque candidat ( cours de méthodologie ) par téléphone dans la petite cuisine du service...

Et je n'évoquerai même pas l'ensemble de cette tragique histoire qui n'est pas un roman...

Nathalie, le 30.11.11.

Pour ma part, je suis arrivée dans un labo CNRS pour y faire ma thèse en biologie en 1999. Suite à la thèse, je suis restée au sein de la même équipe en tant qu'ingénieur de recherche en signant 10 contrats avec deux coupures de 3 et 5 mois. Normalement au 1er septembre 2011, je devais re-signer un contrat de 4 mois qui m'aurait amené au delà des fameux 6 ans ! et on m'annonce le 25 août (6 jours avant la fin de mon contrat) que finalement mon contrat est bloqué et qu'on ne peut me prolonger que de 15 jours... je précise qu'il me manquait exactement 1 mois pour atteindre les 6 ans. Donc au 15 septembre, on m'a gentiment dit au revoir. Heureusement, je reçois le soutien absolu de ma responsable qui tient absolument à me garder au sein de l'équipe et qui d'ailleurs a les moyens financiers de le faire. En même temps, cela fait maintenant 12 ans que je suis dans le labo et après elle, je suis la personne ayant le plus d'ancienneté dans l'équipe.... Aujourd'hui, elle a réussi à me garder en donnant de l'argent à une boite privé pour qu'elle m'embauche... Je continue à faire mon travail comme avant mais je me sens aujourd'hui encore moins légitime qu'auparavant, ne faisant même plus partie du personnel CNRS.... et de toute façon, cette situation ne peut être que provisoire.

Jacques, le 30.11.11.

Titulaire d'un master 2 en biodiversité tropicale, j'ai passé les 8 dernières années à travailler dans une université. J'ai eu 4 missions plus ou moins espacées (6 mois de chômage à chaque fois) et j'ai eu 6 contrats en tout (emploi jeune, vacation, CDD).

Les postes sur lesquels j'ai travaillé n'étant pas permanents, je ne peux demander un CDI.

Je continue donc à monter des projets temporaires de 1 à 2 ans à chaque fois.

Le travail (assistant recherche, numérisation et diffusion de l'herbier universitaire, vulgarisation scientifique) ne manque pas pourtant mais aucun moyen pérenne n'est mis en place pour financer un poste sur le long terme.

M.H., le 30.11.11.

J'ai été vacataire depuis juillet 2008 et puis contractuel depuis Novembre 2009. Cette année mon contrat a pris fin le 31 octobre et devrait être renouveler. Mon UFR a envoyé les informations nécessaire au début du mois d'octobre en précisant que c'était urgent.

Nous sommes maintenant le 29 Novembre et je travaille toujours sans contrat. Le responsable des agents non titulaire qui devrait traiter mon dossier, selon ses collègues, ne me donne pas de réponse par e-mail, et ne répond pas au téléphone. Il ne donne pas d'informations non plus à ses collègues.

Autrement, j'ai eu deux étudiants vacataires qui travaillaient pour moi depuis cette été et qui ont été payés en novembre pour les heures travaillés de juillet à octobre. Je me suis déplacées plusieurs fois dans les bureaux du Panthéon pour avoir des réponses (car toujours impossible de joindre quelqu'un par mail ou par téléphone) et pour insister sur les paiements qui tardaient. En fait les dossiers d'embauche de ces 2 étudiants ont été perdues entre juin et septembre au DRH. Quand j'ai déposé à nouveau les dossiers en début septembre, les collègues de la DRH ont retrouvés les anciens dossiers dans une pile de dossiers qui venait d'être vidé d'un carton. Je crois qu'il y a un réal problème dans le DRH de cette Université et il est important de l'adresser. J'ai été très mal reçue par le responsable des agents non titulaire. Normalement quand on a un problème on devrait turner vers la DRH mais dans cette Université c'est totalement le contraire. C'est la où les problèmes commencent.

29.11.2011

Alexia, le 29.11.11.

Thèse en sciences sociales en 2009, recrutée à l'université sur un poste de titulaire en septembre 2011. Ouf! Parce que mes deux années de "précariat" m'ont beaucoup angoissée : d'abord il a fallu remplir au moins 3 dossiers de post-doc durant la dernière année de thèse (financée par une bourse de 3 ans puis 2 ans d'ATER) pour assurer la suite. Tous refusés (en même temps, concevoir un projet "ambitieux" quand on a encore la tête dans la thèse...). Du coup, je trouve au bout d'un mois un contrat de 6 puis 8 mois d'ingénieure d'étude, sur une recherche très loin de mes préoccupations, pour exploiter les résultats d'une enquête que je juge mal faite - mais bon, il faut manger... En sous-main, je participe également à la rédaction de 3 autres projets de recherche susceptibles de financer un post-doc sur des sujets qui sont les miens. Le dernier aboutit, mais le temps que l'organisme financeur verse la subvention, que l'université mette en place les crédits, les contrats de travail etc. je pointe au chômage en travaillant bénévolement sur le projet pendant 6 mois. Ce projet est censé financer un post-doc de 3 ans mais l'Université, dit-elle, ne peut faire que des contrats d'un an renouvelables (3 X, ce n'est pas contraire au code du travail ça ???). Bref, j'ai vraiment savouré le fait d'être sortie de cette galère : outre l'impossibilité d'avoir une vision à long terme de sa vie (familiale, professionnelle, etc.) cette situation rend les parcours de recherche incohérents, hétérogènes, éclatés, etc. soit un ensemble de caractéristiques qui, à terme, deviennent indéfendables en audition.


Commentaire de D., le 30.11.11.

Sur les contrats de travail dans la fonction publique : ce n'est pas le code du travail des entreprises !!!
L'employeur public peut tout à fait embaucher en contrat à durée déterminée de droit public ( et non de droit privé ) ...ce qui entraine des situations telles que : 

CDD de 10 mois qui se renouvellent pendant des années ( donc 2 mois de chômage tous les étés et versement des allocations chômage en septembre voire octobre ) pour les catégories C et B...

CDD de 12 mois pour les catégories A pendant des années...une nouvelle jurisprudence vient d'indiquer qu'après 6 ans de CDD de 12 mois ( CDD continus ) il devait être proposé un CDI...

Bienvenue dans la fonction publique !

B.B., le 29.11.11.

Docteur en biologie depuis plus de 10 ans, j'ai l'impression que le problème ne vient pas des CDD en eux-mêmes. On peut accepter sans problème d'être recruté sur un projet donné pour une durée donnée.

Le problème est que les gens en CDD ont moins de droits que ceux en CDI, alors que cela devrait être l'inverse.


A l'Institut Pasteur par exemple, toutes les catégories de personnel sont payés sur 14 mois (administratifs en CDD ou CDI, techniciens et ingénieurs en CDD ou CDI, chercheurs en CDI) sauf les chercheurs contractuels. Pourquoi ? De même, toutes les catégories de personnel ont droit à l'indemnité de fin de contrat, sauf les chercheurs. Pourquoi ?


De même, l'ancienneté n'est prise en compte qu'au sein d'une même institution. Du coup, on rémunère mieux un type qui a passé 5 ans assis sur la même chaise qu'une personne qui a enchaîné 3 ans à l'étranger, 3 ans au CNRS et 2 ans à l'INSERM. Pourquoi ? L'ancienneté correspond à une expérience, un carnet d'adresses, une amélioration des compétences et du recul. Tout celà devrait être pris en compte.


Pour moi, à compétences et responsabilités égales, un CDD devrait être mieux rémunéré qu'un CDI justement parce qu'il est dans une situation de précarité. Or, qui négocie les salaires et les conditions de travail ? Les personnes en CDI !

28.11.2011

Precario, le 28.11.11.

Thèse en science "molle" soutenue en 2004. Donc 6 ans de precariat post thèse durant lesquels j'ai participé, le + souvent comme auteur unique ou principal, a une douzaine de rapports d'études (en cabinet ou au laboratoire), ou de recherche (via labo). Pour 2 de ces rapports, je n'étais pas payé - ou plutôt en monnaie "académique" (réputation car collaboration prestigieuse - intérêt scientifique intrinsèque pour l'une d'entre elle dont j'ai construit le cadre théorique et la trame analytique).

J'ai donné des centaine d'heures de cours sous divers statuts (la plupart illégaux), des cours je n'ai le plus souvent donnés qu'une seule année => non rentabilisation totale de milliers d'heures de préparation.

J'ai beaucoup oeuvré à l'animation scientifique (organisation de colloques,séminaires ...), en interne dans mon labo mais également au niveau national, de façon totalement bénévole. J'ai publié des collègues statutaires en coordonnant (bénévolement), des publications collectives.

Ma charge de travail "contractualisée"(ie figurant dans mes contrats de travail simultanés), a certaines périodes, a pu s'approcher du double temps plein, et j'ai connu des périodes ou je ne dormais que 6 nuits par semaine.

Mon dossier de publication n'est pas mauvais (un chapitre de livre traduit en 4 langues, notamment,), mais reste insuffisant, notamment au regard des critères de recrutement CNRS. En fait, je n'ai jamais trouvé le temps de valoriser ma thèse, pris dans le tourbillon infernal des contrats alimentaires et des engagements scientifiques ponctuels, et toutes mes publications concernent des travaux postérieurs à ma thèse. Je suis un abonné du sur-travail: je ne parvient que très rarement à refuser une proposition, puisque je dépend entièrement du "bon cœur" des collègues statutaires, et que refuser, c'est prendre le risque de rejoindre le contingent de ceux auxquels on ne propose jamais rien.

J'ai longtemps été pressenti comme potentiel recrue locale, et ai même reçu des promesses verbales parfaitement explicites. Mais ce recrutement local n'ai jamais venu.

J'ai d'ailleurs à peu près tout connu en matière de commission de recrutement: les glaciales, celles qui compatissent... J'ai connu tout les rangs de classements, y compris 1er mais sur des postes (d'enseignant chercheur) temporaires non renouvelables (si si ça existe). J'ai connu les tours de France des auditions à mes frais...

Ce qui me frappe peut-être le plus dans cette trajectoire, c'est la somme colossale d'heures de travail gratuit que j'ai pu " offrir" à la communauté scientifique. J'y vois l'une des manifestation les plus pathétique de la dégénérescence du mandarinat en féodalisme lorsque les postes (contre-don dans le système mandarinal classique) viennent à manquer. Et aussi la désarmante conviction intime et sincère de ceux qui, dans ce système perverti, se retrouvent dans la position de l'exploiteur, d'agir pour votre bien de façon désintéressée ("c'est grâce à moi que tu as un salaire ce mois-ci").

Voilà pour mon témoignage dont vous excuserez le ton très amère et désabusé... Mais j'aurai du mal à nier une certaine fatigue...

27.11.2011

C., le 27.11.11.

Pour ce qui me concerne, l'histoire aurait pu être belle : thèse Marie Curie en chimie marine obtenue en Angleterre en 2008, retour en France sur un post-doc financé par une FCS (Fédération de Coopération Scientifique), contrat de 2 ans payé 2500 euros net par mois. J'avais d'autres propositions – toujours à l'étranger – mais le cadre, le projet en lui-même dans la lignée de ma thèse et la possibilité de revenir en France m'ont incité à choisir ce post-doc. Peu de temps après mon retour en France, je commence à déchanter ! Déjà, il a fallu plus de 3 mois pour que la FCS me fasse signer un contrat de travail. En attendant, il fallait bien vivre, j'ai donc vécu sur le RMI (étant boursier en Angleterre, je n'avais pas le droit au chômage).

Lorsque j'ai été enfin convoqué pour signer mon contrat, quelle surprise de découvrir que le contrat n'était pas de 24 mois mais de 18 mois !! Bien sûr le salaire proposé a été raboté car on avait « oublié de prendre en compte l'ancienneté ». Là-dessus, je (et les personnes avec qui je bosse) décide de me battre pour récupérer au moins les 6 mois de contrat manquants (je passe sur la différence entre le salaire perçu et le salaire promis). On m'explique que ce n'est pas possible, car la FCS a un statut de droit privé et qu'il n'est pas légal de faire signer des CDD de 24 mois dans ce cadre. Ok ! Mais alors pourquoi attire-t-on les gens avec des salaires mirobolants et des durées de contrat illégales??? 

Bref, après maintes négociations, alors que mon contrat de 18 mois approchait son terme (2 semaines avant la fin !), nous finissons par obtenir gain de cause  : la FCS reverse au CNRS (tutelle de mon labo) 4 mois de salaire puis 2 mois pour que le CNRS m'embauche (pourquoi en 2 fois ? Who knows...). Soit 3 contrats en 2 ans. 

En attendant de passer les concours, le labo tient à me garder. Par miracle, on trouve un nouveau crédit après avoir remporté un appel d'offres. Oh ça ne rapporte pas grand chose : 6 mois de salaire en plus. C'est toujours ça de pris. Nouveau contrat (le 4ème), nouvelle embauche, toujours dans le même labo. Mais les miracles, ça n'arrive pas tous les jours. A la fin de cette dernière rallonge l'été dernier, il a bien fallu que je mette le cap sur l'agence Pôle Emploi la plus proche de mon domicile. Je passe sur l'entretien surréaliste auquel j'ai eu droit (ah vous êtes chercheur... ben on ne peut rien faire pour vous ! Mais venez quand même tous les mois sinon on vous coupe les vivres!). En ce moment, je suis officiellement chômeur, mais le labo a trouvé un reliquat d'argent qui lui permet de me verser des vacations (dans la limite de 110h par mois) en attendant la réponse concernant un projet soumis il y a 9 mois. Je jongle donc avec mon statut d'intermittent de la recherche (je vous rassure, officiellement ça n'existe pas), les concours à préparer et les recherches de post-doc ailleurs (quand je dis ailleurs, c'est à l'étranger). J'ai la chance d'être dans un labo qui me soutient mais ça ne va pas durer non plus. Pourquoi je veux rester dans ce labo ? Parce que je souhaite garder une certaine cohérence à ma recherche et ce n'est pas en changeant de labo tous les 2 ou 3 ans que je peux soutenir un projet de recherche cohérent face à une commission de recrutement ! 

Bref à croire que pour être moderne, faut être précaire !

26.11.2011

Ed, le 26.11.11.

Docteur en biologie depuis 2006, j'ai souhaité et pu intégrer un labo en France pour y faire un premier post doc de 2 ans 1/2, a la suite duquel on m'a proposé d’enchaîner sur un second post doc de deux ans... tout ceci en tant que chercheur CNRS

Les deux premières années n'ont été que des contrat de trois mois en trois mois.... facile pour louer une maison, acheter une voiture ou autre....

On a ensuite essayé de faire prendre en compte mon ancienneté (thèse + premier doctorat) pour le nouveau contrat : réponse du CNRS : les chercheurs en CDD ne peuvent gravir les échelons et un gentil petit message entre parenthèse qui suivait : faites bien attention aux 6 années de cumul pour cette personne.

Je finis donc mon contrat à la fin de l'année avec une demi douzaine de publications mais sans espoir de nouveau contrat puisque déjà 4 ans et 9 mois d'ancienneté...

Laurent, le 26.11.11.

Thèse obtenue en 2007 en physique.

Aujourd'hui en 2011, je suis post doc, j'ai changé 4 fois de laboratoire en 4 ans (laboratoire de province donc déménagements la plupart du temps) au gré des financements.

Comprendre un chercheur précaire, c'est juste comprendre que, sur un an de financement, il faut compter :

- 1 à 2 mois pour s'intégrer dans la nouvelle équipe lors de l'arrivée,
- 1 bon mois pour les diverses rédactions de candidatures aux postes de permanents, auditions aux concours, etc.,
- les 3 derniers mois sont plutôt consacrés à trouver un moyen de subsistance pour la suite... Sans salaire, on ne va pas loin alors quand la dead-line approche, c'est la panique!

Faîtes les comptes! Si vous avez une grosse part d'enseignements en plus au cours de cette période, voyez comme il devient difficile de faire avancer un dossier.

Enfin, pour mon cas particulier, ajoutez une personne proche en arrêt maladie longue durée. Le soutien moral et financier, la difficulté à accepter de déménager pour tel contrat entre 2 passages à l'hôpital. Ma frustration d'entendre des personnes haut placées juger ma motivation au regard de ces acceptations/refus...

25.11.2011

Bruno, le 25.11.11.

J'ai passé près de 10 ans (avant/après thèse) dans le milieu universitaire-recherche. Parti parvenu (allocataire-moniteur), j'ai été mis sur la touche de par mes idées scientifiques et ma personnalité franche, alternant divers contrats et périodes de chômage avant de me reconvertir dans un milieu connexe.

J'atteste donc que la précarité n'est pas prise en compte dans les stratégies individuelles ou collectives des titulaires (directeurs de recherche, profs de fac). Au lieu d'imposer un changement du système dans le bénéfice de tous à moyen ou long terme (partager richesses et responsabilités), du moins de nouvelles règles, la précarité s'est institutionnalisée en critère discriminant (principe de la file d'attente : ceux ayant attendu le plus longtemps un "vrai" poste étant les plus méritants à un moment T), voire en un levier d'exploitation de plus.

Donc si le système de l'ESR français est très inadapté aux évolutions actuelles, ce sont surtout les individus dotés de pouvoir qui, au lieu d'en atténuer les impacts, l'ont au contraire rendu intenable par la "défense" toujours plus impérieuse de leurs intérêts. Or cette constante anthropologique n'est que peu invalidée par les nouvelles générations de MCF, chercheurs, etc. A quand une vraie prise de conscience?