21.12.2011

34 ans, sciences humaines et sociales, le 21.12.11.

Après un DEA (Diplôme d’Etudes Approfondies) dans une discipline des sciences humaines et sociales, j’ai entamé un doctorat dans cette discipline, qu’initialement je ne comptais pas terminer. Ayant choisi un sujet lié à un pays étranger, mon but était de pouvoir y repartir et, peut-être, d’y trouver un emploi dans une institution ou une entreprise française présente dans ce pays. Bien évidemment, je n’avais ni allocation de thèse, ni aucun autre financement ; j’avais économisé une partie de ma bourse de DEA, je travaillais l’été comme animateur dans des camps d’été, et j’étais par ailleurs particulièrement frugal, mon mode de vie étant des plus ascétiques. Quatre ans plus tard, je soutenais ma thèse (car j’aime quand même bien finir ce que je commence), vivant grâce à la pension alimentaire de 300€ que mes parents me versaient depuis près d’un an et demi (on a beau être frugal, quand aucun revenu ne rentre, on est vite dépourvu de tout ; et je voulais coûte que coûte terminer ma thèse, pour ensuite chercher du travail).

Une fois la thèse soutenue, je me suis mis à chercher du travail… pendant 22 mois, donc presque deux ans ! Je ne cherchais pas forcément dans le champ de l’enseignement supérieur et de la recherche, mais j’ai vite découvert que c’était là que mes chances de trouver du travail étaient les moins faibles. J’ai finalement réussi à être recruté comme ATER… dans une discipline qui m’était alors totalement inconnue. A l’issue de mes deux années comme ATER, au cours desquelles je me suis formé à la discipline dans le cadre de laquelle j’enseignais, j’ai été recruté comme enseignant contractuel sur un contrat d’un an, puis encore une fois sur un contrat d’un an, et enfin sur un ultime contrat de 6 mois. J’ai eu de la chance, me direz-vous. J’en conviens. Mais sachez que la chance, il faut parfois la provoquer : j’ai été à la fois humble et sérieux, je me suis très fortement impliqué dans mes activités d’enseignement (au détriment de mes activités de recherche, ce qui n’est pas sans poser de problème comme on le verra par la suite), j’ai accepté tous les cours qui m’étaient proposés (au point que je me dis, avec une certaine fierté, que je suis vraiment bon à tout et cependant, avec une certaine amertume, que je ne suis aussi bon à rien…), j’ai accepté d’accomplir en parallèle certaines tâches auprès des étudiants qu’aucun maître de conférence ou professeur ne souhaitait accomplir (le tutorat des étudiants), etc. Bref, si j’ai eu de la chance, j’ai dû trimer et mettre mon Ego de côté ! Et tout cela pour au final être d’en l’impossibilité de pouvoir prétendre à un poste de maître de conférence car je ne suis pas « publiant » (ce qui ne signifie pas, bien sûr, que je ne fais pas de la recherche !). Je ne parle même pas de mon salaire qui est passé de 1640 euros comme ATER à 1480 euros comme enseignant contractuel car il sera bientôt objet d’une douce nostalgie. 

Les années passant, j’ai vu des nouveaux maîtres de conférences, plus ou moins jeunes, être recrutés et assez souvent, s’ils sont certes « performants » en termes de recherche, l’enseignement n’est pas leur fort, loin s’en faut ! Et puis, ce n’est pas non plus ce qui les intéresse…

Le problème de l’université française, c’est que pour le recrutement et la carrière des enseignants-chercheurs, c’est essentiellement la recherche appréhendée à travers le nombre de publications dans des revues scientifiques à comité de lecture qui compte ! Le résultat, c’est qu’on se retrouve aujourd’hui face à une pléthore de « généraux soviétiques » qui alignent leurs publications comme autant de médailles mais pour, au fond, bien peu de connaissances réellement produites ! (Il n’y a qu’à lire les x publications de nombreux chercheurs sur tel ou tel thème en sciences humaines et sociales pour s’en rendre compte). Quant au travail d’enseignement, ce n’est pas par leurs qualités de pédagogues que les enseignants-chercheurs brillent…

Aujourd’hui, je me dis : que faire ? Rentrer dans le « moule », c’est-à-dire me désintéresser du travail d’enseignement que je fournis et donc des étudiants, et privilégier la publication d’articles dans des revues scientifiques à comité de lectures (cette littérature grise au lectorat des plus réduit) ? Tout cela en vue d’un recrutement hypothétique. Ou alors continuer à m’investir dans ce que je fais, à essayer de faire de bons cours, à créer des supports pédagogiques, à corriger les travaux des étudiants en les lisant vraiment, bref à m’impliquer dans mon travail d’enseignant et auprès des étudiants – y compris lorsque je serai chargé de cours tout en étant demandeur d’emploi –, et poursuivre mes recherches, lentement mais sûrement, en publiant dans des revues de vulgarisation scientifiques, dans des revues internationales d’analyse et d’actualité, sur des supports permettant une plus large diffusion et discussion des connaissances scientifiques, qui ne se limite pas aux seuls spécialistes du domaine ? C’est « se tirer une balle dans le pied », me direz-vous. Mais après tout, où l’on a foi dans ce que l’on fait et l’on cherche à changer les choses – ou tout du moins, à y participer – ou l’on se résigne… Je crois que je vais choisir de ne pas me résigner !


[ajouté un peu plus tard] J'ajoute (j'avais omis de l'indiquer) que, durant ma période de 22 mois de chômage, je m'étais émancipé de l'aide financière de mes parents en bénéficiant du RMI (mes revenus avaient en outre ainsi augmenté !), cependant je continuait à habiter chez eux.

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